Il y a, dans certains luminaires italiens des années 70-80, une signature visuelle. Il ne s'agit pas seulement d'éclairer, mais d'installer une scène, une atmosphère, une présence. Je vous propose ici une immersion dans ce chapitre, à l’occasion de la mise en ligne du lampadaire palmier attribué à Sergio Terzani, et d’un tour d’horizon des créateurs italiens qui ont façonné cette époque du design intérieur, entre laiton doré, verre opalin Lattimo, lustre spectaculaires en pièces de verre et silhouettes végétales magistrales.

Terzani, Florence, la lumière comme objet de désir
Terzani est fondée à Florence en 1972. L’idée, dès l’origine, est d’associer un savoir-faire artisanal italien à une approche plus contemporaine du luminaire, avec un goût assumé pour l’objet qui flirte avec la sculpture.
On comprend mieux pourquoi tant de pièces de cette période gardent une allure “mise en scène” : la lumière n’est pas un simple éclairage, elle devient matière, volume, et parfois même sculpture. Dans certaines publications sur la maison, on insiste sur la tradition du travail du métal et du verre, et sur une attention extrême portée aux détails de fabrication.
Le palmier, typologie phare
Tommaso Barbi, Florence, le laiton comme signature
Tommaso Barbi, né à Florence en 1944, est régulièrement cité par les collectionneurs pour son travail autour de matériaux nobles, notamment le laiton, le bronze et le cristal, et pour une production qui couvre luminaires et mobilier.
Dans la même veine que les palmiers Terzani, on retrouve chez Barbi (ou “dans le goût de Barbi”) une famille de pièces très identifiables : palmiers, feuilles, volumes dorés qui captent la lumière, avec cette sensualité propre aux années 70-80, entre Riviera et intérieurs hollywoodiens.
Gaetano Sciolari, la géométrie qui s’exporte
Autre registre, même époque : Gaetano Sciolari (1927-1994), dont les luminaires géométriques ont circulé largement, notamment aux États-Unis, et se sont parfaitement installés dans les décors Mid-Century et Hollywood Regency.
Chez Sciolari, la typologie emblématique, ce sont les compositions modulaires, cubes, grilles, chrome, laiton, verre, avec une esthétique plus “architecturale” que végétale, mais pensée avec la même ambition : faire du luminaire un élément de structure dans la pièce.
Banci Firenze, le végétal au plafond
Banci Firenze, fondée à Florence en 1899 par Giuseppe Banci, a un ancrage très florentin, au point de commencer par le verre et la restauration de lustres et chandeliers, notamment pour les antiquaires du quartier Santo Spirito.
Dans les années 60-80, la maison devient une référence de plafonniers et suspensions florales, avec pétales, feuillages, dorures, parfois cristal ou verre, comme un jardin lumineux fixé au plafond.
C’est un pan entier du design italien décoratif : la nature stylisée, assumée comme un motif de luxe domestique.
Reggiani, l’âge du chrome et de l’opaline
Reggiani est fondée en 1957 par Goffredo Reggiani. L’entreprise revendique cette date dans ses communications institutionnelles, et elle s’inscrit dans une histoire italienne de l’éclairage qui va progressivement basculer vers des solutions plus techniques.
Côté vintage, on observe aussi, sur les modèles 60-70, une évolution de matériaux, avec une présence marquée du chrome et du laiton, et l’usage fréquent du verre opalin.
Reggiani est intéressant pour comprendre une autre facette de la même époque : moins “botanique”, plus Space Age, plus graphisme industriel, mais toujours avec cette obsession italienne pour le reflet, la surface, et la manière dont la lumière se diffuse.
Bottega Gadda, Carlo Giorgi, la feuille martelée
Dans la famille “feuille” très seventies, Bottega Gadda et Carlo Giorgi reviennent souvent, notamment pour des lampes en laiton martelé ou texturé, avec une identité très décorative. On trouve des pièces décrites explicitement comme réalisées en laiton martelé, parfois peint doré, et datées des années 70.
On retrouve aussi des modèles associés à la fois à Carlo Giorgi et Tommaso Barbi pour Bottega Gadda.
Terzani, Barbi, Sciolari, Banci, Reggiani, Carlo Giorgi, ce sont différentes façons de raconter la même période : l’Italie qui transforme la lumière en véritable décor, avec une liberté emblématique, très 70-80, et un style iconique immédiatement reconnaissable et aujourd'hui très prisé.
